Le vélo et les femmes : toute une histoire

 

 

Hier, jeudi 8 mars 2018, le monde célébrait un jour dédié aux avancés des droits des femmes. L’occasion de réaffirmer l’importance de leurs droits et rendre hommage aux combats menés en faveur de leur reconnaissance sociale et politique.
L’histoire du vélo féminin a été tourmentée, et l’est encore dans certains coins de la planète. Revenons sur le chemin parcouru par la gente féminine pour faire valoir ses droits dans le cyclisme urbain.

 

 

Au 19ème siècle, dans une France post-révolutionnaire, second empire dans lequel Victor Hugo publie les Misérables et les grands artistes tels que Flaubert, Maupassant ou Zola font entendre leur voix, la petite reine fait fureur dans les villes d’Europe. L’utilisation de l’automobile n’est alors pas rependu. Le vélo constitue donc à cette époque une bonne alternative.

Plus qu’un moyen de locomotion, le vélo a également été outil d’émancipation pour la femme Européenne. Mais l’accès au vélo pour la gente féminine n’était pas sans embûches. Considéré comme dangereux, anti féminin, antichrétien et impudique, on cherche des raisons pour interdire le vélo aux femmes.

 

Le vélo rend stérile

On hausse des sourcils du côté des scientifiques : le vélo est dangereux, il provoque l’infertilité. Beaucoup de médecins de l’époque mettent en garde sur les effets nocifs de la selle sur les organes reproducteurs de la femme. Le docteur Philippe Tissié publie en 1888 L’hygiène de vélocipédiste, dans lequel on peut lire que le vélo entraîne ulcérations, hémorragies et autres inflammations. Il ordonne « que la femme abandonne donc le vélocipède au sexe fort ».

 

Le vélo comme plaisir sexuel

La bicyclette est à l’époque assimilée au désir d’indépendance et d’égalité pour les femmes. Une forme d’autonomie féminine qui les détournerait de leur devoir conjugale. Et cette liberté n’est pas bien perçue. Mais les hommes seraient-ils jaloux ?
Car si le vélo est pointé du doigt par les scientifiques, il est également accusé par la gente masculine d’être un objet de plaisir pour la femme. Elle pourrait en effet éprouver un plaisir sexuel par le frottement des lèvres et du clitoris sur la selle. Elle n’aurait donc plus d’attirance pour les hommes.
Malgré tous les éléments exposés par les scientifiques et les hommes, les femmes de l’époque continuent d’utiliser le vélo et s’en porte très bien. Force est de constater que leur passion pour la bicyclette est plus forte que le combat masculin.

 

Accessoire de luxe ou objet de liberté

Vers 1880, le vélo est alors un accessoire de luxe, principalement présent dans les milieux aisés. Car cette nouvelle ingéniosité avait un coût. Cependant à la fin du 19ème siècle la bicyclette se modernise et se démocratise. D’abord accessoire ostentatoire, le vélo se transforme peu à peu en objet de liberté. Plus confortable et accessible, son utilisation se répand et offre aux femmes un plaisir nouveau : échapper à la surveillance des hommes. L’émancipation de la femme par le vélo commence à prendre forme.
De nombreuses affiches fleurissent également sur les murs de la ville, appuie ce nouveau phénomène, montrant des femmes chevauchant un vélocipède Peugeot, Cottereau et Cie ou Excelsior, les cheveux au vent, un sourire triomphale aux lèvres.

Affiche pour les cycles et automobiles Cottereau et compagnie. 20eme siecle

Le vélo fait évoluer la mode

La mode de l’époque obligeait les femmes à porter la capeline ornée de plumes ou de rubans, des corsages froncés sur le buste et les manches bouffantes. Mais devant l’essor de la bicyclette, d’autres éléments du costume apparaissent : la culotte courte et froncée aux genoux, porté avec des jambières ou des bas et un corsage cintré à encolure dégagée. Il était possible d’ajouter une jupe courte sur la culotte voire une jupe-pantalon. Une tenue plus pratique assurant plus de confort que les robes. 

 

Chalet du Cycle, huile sur toile de Jean Béraud, 1897

 

Georges Montorgueil écrit dans Les Parisiennes d’à présent :

 

«La bicyclette a créé un troisième sexe. Ce n’est pas un homme, que ce passant en culottes bouffantes, le mollet libre, la taille dégagée et coiffée d’un canotier. […] Est-ce une femme? Le pied hardi, la démarche vive, les mains dans les poches, vaquant à son gré et sans compagnon, s’attablant aux terrasses, les jambes croisées, le verbe osée: c’est un bicycliste.»

 

Ce changement est si profond qu’il entraîne deux circulaires, en 1892 et en 1909, autorisant le port féminin du pantalon, et ce, seulement «si la femme tient par la main un guidon de bicyclette».

Les femmes ont mené un long combat pour avoir le droit de pratiquer le vélo. Mais n’oublions pas qu’aujourd’hui encore, dans certains pays où le droit des femmes est encore loin de ceux des homme (au Caire par exemple) les femmes cyclistes s’exposent au harcèlement sexuel de rue –véritable fléau national– en se déplaçant dans cette « posture indécente ». 

 

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Dernière mise à jour le 9 mars 2018

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